LE GOLFE DU MORBIHAN
La "Petite Mer", plan d'eau de 11.500 ha, est un site original composé de deux bassins et d'une ria, la rivière d'Auray. Il est ouvert sur la mer par un goulet d'une largeur d'un demi mille et d'une profondeur de 35 mètres. Sa Formation.Elle explique l'originalité du Golfe du Morbihan et permet de comprendre son fonctionnement. Le Golfe est le fruit de plusieurs phénomènes : 1 l'amorce des bassins est issue de l'apparition d'une dépression sub-littorale (voisine de la faille sud-armoricaine) provoquée par des mouvements tectoniques au cours de l'ère Primaire et par l'érosion, au cours des ères Secondaires et Tertiaires, qui a été suivie d'un affaissement. Le bassin oriental, cuvette très évasée, étant moins profond que le bassin occidental. 2- au cours de la première moitié de l'ère Quaternaire (de 1,6 millions d'années à 10.000 ans) le relief a été façonné par des oscillations du niveau marin (de + 15 m à 25 m du niveau actuel), engendrées par une succession de glaciations provoquant un abaissement du niveau de la mer (régression) et de réchauffements avec élévation du niveau marin (transgression, la plus importante étant la transgression flandrienne, il y a environ 10.000 ans). Lors des régressions l'érosion a été surtout fluviale, provoquant des surcreusements, plus marqués dans la rivière d'Auray que dans les rivières de Vannes et de Noyalo, mais aussi glaciaire, lors de la dernière grande glaciation. 3 lors des transgressions, l'ennoiement des vallées et des plateaux s'est accompagné d'apports de sédiments marins qui ont partiellement comblé les bras les plus orientaux, là où la déclivité est la moins forte et, en conséquence, les courants sont plus faibles. Dans le même temps l'envahissement de la mer produisait une légère érosion. A l'époque historique on a assisté d'une part à un lent affaissement des fonds de l'ouest du Golfe, d'autre part à une lente élévation du niveau de la mer (2 mètres en 2.000 ans) Son hydrodynamisme.La formation du Golfe explique son régime de courants dont l'intensité est non seulement fonction de l'importance des masses d'eau en présence, mais aussi de la déclivité des fonds, plus importante dans l'ouest et des rétrécissements imposés par le relief ( goulets des Réchauds, de Penhap, de Berder et de Port-Navalo). Le régime de la rivière d'Auray est à part, c'est celui d'une ria. Les courants y sont moins violents et plus réguliers que dans le Golfe, car il n'existe pas de goulets entre les îles pour perturber la progression de l'onde de la marée. Les décalages de la PM en mortes eaux et de la BM en vives eaux entre Auray et Port Navalo n'y sont respectivement que de 25 et 30 minutes, alors que le décalage de PM et BM entre Vannes et Port Navalo peut atteindre plus de 2 heures. Les renverses à port Navalo ont lieu 1h15 après la PM ou la BM, alors qu'à l'entrée de la rivière d'Auray elles correspondent à peu près avec les heures de PM et BM. Cette dépression littorale se présente comme une "baie fermée" caractérisée par des courants forts et complexes, un cycle de marée perturbé avec un marnage inférieur à celui du Mor Braz. Mais son régime est plutôt celui d'un estuaire (variation de la salinité d'amont en aval, déclivité des fonds). En règle générale, si on respecte bien les chenaux, les courants, même forts, ne portent jamais à la côte. Par contre, ils portent sur les roches isolées, ce qui est le cas pour le Grand Mouton dont il est prudent de s'éloigner. Pour avoir une idée de la direction des courants dans le Golfe, consulter les cartes schématiques du Pilote Côtier "de Quiberon à La Rochelle" pages 68 et 69.) Un tiers de sa surface, situé dans le bassin oriental, est occupé par l'estran (4.000 ha de vasières). L'interpénétration de la terre et de la mer, particulièrement dans le bassin oriental, renforce l'impression que le paysage change continuellement d'aspect. Cet étroit mariage entre la terre et l'eau a une incidence sur le climat. La douceur de celui-ci, l'ensoleillement et la protection des grandes perturbations maritimes sont à l'origine de la richesse alimentaire de ce milieu qui, à toutes les époques, a attiré les populations sur le littoral du Golfe. Les sites préhistoriques.Cette portion du littoral sud de la Bretagne a attiré, dès la Préhistoire, des populations nomades qui s'y sont sédentarisées, car elles y avaient trouvé la nourriture qu'elles pouvaient exploiter sans être obligées se déplacer pour se la procurer par la chasse et la cueillette. Les sites mégalithiques attestent leur présence et leur mode de vie. Leur importance dans l'environnement du Golfe est la preuve de l'attrait que la région exerçait. Les sites les plus proches de ses rives sont ceux de : l'île Gavrinis, avec son cairn, riche en gravures néolithiques, l'île Er Lannic et son "cromlech" qui témoigne de l'élévation relativement récente du niveau de la mer, à une époque où les îles étaient des collines dans un relief très boisé où coulaient les rivières de Vannes et d'Auray. Peu à peu la forêt a cédé la place à des zones de cultures céréalières, Locmariaquer, avec la Table des Marchands, le Grand Menhir et le tumulus Er Grah, preuve d'une importante activité humaine. Depuis cette époque l'environnement n'est plus seulement soumis à l'action de phénomènes naturels, l'économie humaine commence aussi à le modifier. La richesse biologique.Tout au long de l'époque historique le niveau des eaux a été, à quelques variations près, celui que nous connaissons. Les conditions propres à ce site (importante oxygénation due au brassage énergique des courants, diversité des fonds : profonds et accidentés à l'ouest, vaseux à l'est, richesse de l'apport en matières organiques et en sels minéraux provenant des ruissellements du bassin versant, variation de la salinité, ensoleillement) en font un lieu très propice à la reproduction et au développement de nombreuses espèces végétales et animales (oiseaux, poissons, crustacés, coquillages). Les anciens marais salants de Séné et du Duer viennent parfaire les capacités nourricières de ce milieu. La réserve ornithologique de Falguérec (Séné) accueille de plus en plus d'espèces d'oiseaux, principalement des migrateurs qui y trouvent le calme et la nourriture dont ils ont besoin. Les vastes herbiers de Zostères accueillent chaque année des Bernaches cravant qui viennent hiverner d'octobre à avril avant de regagner la Sibérie. L'île de Bailleron abrite un centre de recherche biologique de la Faculté de Rennes. Les fonds rocheux du Golfe du Morbihan hébergent une faune benthique très riche comprenant de nombreuses espèces de spongiaires, des coraux et des gorgones dont la vie est menacée par l'élévation de la température de l'eau, la pêche aveugle (dragage), les mouillages sur ancre. Les activités économiques.Les richesses nutritionnelles du Golfe du Morbihan permettent en outre le développement d'activités économiques qui y ont trouvé des conditions favorables à leur développement. La pêche, à la suite de la raréfaction des poissons (sur-pêche, pollution), n'est plus ce qu'elle était, il y a une trentaine d'années. Elle occupe encore quelques petits chalutiers caseyeurs qui alternent la pêche au chalut dans la baie de Quiberon, la pêche à la ligne (bars) et la pose de casiers (crustacés, seiches) en fonction des saisons et se répartissent entre Port Anna (Séné) et le port du Bono.
La commercialisation ne passe pas par des criées, mais par la vente soit directe sur les marchés de Vannes et d'Auray, soit à des mareyeurs. A côté des pêcheurs professionnels qui sont en diminution, les pêcheurs plaisanciers trouvent dans le Golfe un milieu très propice à leur activité. La conchyliculture. L'ostréiculture s'est beaucoup développée en rivière d'Auray et dans la partie occidentale du Golfe du Morbihan. Dans la partie orientale elle est limitée par l'existence des zones ornithologiques. Autrefois, grâce aux conditions favorables à la reproduction de l'huître, le Golfe du Morbihan était un gros producteur de naissain. Depuis la parasitose qui a atteint les huîtres plates, le naissain provient de Charente et la production est surtout axée sur les huîtres creuses résistant à la maladie. La présence de parcs à huîtres ( tables métalliques) exige un balisage pour signaler leur existence aux bateaux. Actuellement, avec le développement de la navigation de plaisance l'usage de branchages se révèle insuffisant. Si le principe d'un vrai balisage est admis, sa mise en place demandera, sans doute, un certain nombre d'années. A côté de cette activité professionnelle, la pêche à pied des palourdes et autres mollusques est surtout pratiquée (à 80%) par des amateurs, les artisans étant peu nombreux. Son trop grand développement est nuisible à la reproduction des coquillages, met à mal les herbiers et perturbe les zones où les oiseaux se nourrissent. L'agriculture est en régression, mais d'extensive elle est devenue intensive (élevages de porcs, de volaille, culture du maïs) et génératrice d'une pollution importante (engrais, insecticides, lisiers) qui devient de moins en moins compatible avec l'ostréiculture et la pêche. Elle a généré dans le voisinage de Vannes et sur le bassin versant une industrie agroalimentaire importante, riche en emplois, mais aggravant la pollution. Le tourisme, en pleine expansion, constitue une part importante de l'activité économique de la région. Il produit périodiquement un accroissement, à l'occasion de flux importants de population, des nuisances pour l'avifaune et la flore et des rejets nocifs liés à l'activité humaine. Préservation des écosystèmesDepuis un certain nombre d'années on assiste à une constante aggravation des effets nocifs liés à l'activité humaine dans un écosystème qui supporte mal cette surcharge. Pour protéger ce milieu et plus particulièrement la frange de zones humides à l'équilibre fragile, capitale pour la reproduction des poissons, crustacés et coquillages et pour celle de l'avifaune, les pouvoirs publics ont mis en place un certain nombre de mesures de protection (augmentation de l'importance des réserves - celle de Falguérec est passée de 40 ha à 410 ha - campagnes d'éducation) et ils ont créé des centres d'étude qui devraient prendre en compte la nécessité de création de zones protégées. (dragage, pose de casiers, mouillages interdits) Pour tenter de préserver la biodiversité menacée, c'est ainsi qu'ont vu le jour: - un site RAMSAR (cf. bulletin N° 28, page 26 et N° 29, page 26) - la participation à l'opération européenne NATURA 2000 pour la préservation des zones humides, - un contrat de baie pour l'évaluation de la qualité de l'eau, - le Schéma de Mise en Valeurs de la Mer (SMVM) pour la préservation de l'environnement maritime, - un Syndicat Intercommunal d'Aménagement du Golfe du Morbihan (SIAGM) auquel succédera, prochainement, un Parc Naturel Régional. Conclusion.Ce n'est qu'en prenant conscience que le Golfe du Morbihan est un milieu fragile et en s'imposant des mesures de protection et un mode de vie compatible avec son équilibre que la richesse de ce milieu pourra perdurer. Michel PERRIN |